lundi 28 novembre 2011

Ode au commis derrière sa caisse

Comme je l’ai déjà dit, je suis caissière dans une épicerie. L’autre jour, une dame se présente à la courtoisie pour que l’on compte ses bouteilles consignées. Je m’empresse de la servir. Elle m’a fait un grand sourire :
« Vous avez tellement un bon service ici! À chaque fois que je viens c’est comme ça. Je sais pas comment vous faites! Merci. »
J’en suis encore émue.
Pas seulement parce que la journée avait été merdique, mais parce que ce genre de commentaires, peu de clients en prodiguent.
Lorsqu’on met quelqu’un derrière une caisse, il cesse alors d’exister en tant qu’être humain et ne devient qu’un instrument au service de ce principe : « Le client a toujours raison ».
Le client est roi, le commis n’est rien.
En sa qualité de non existant, il n’a pas droit ni à un bonjour ni un merci. Quant au sourire, cela relève de la fiction pour certains clients. Cependant, le commis a cependant l’obligation de sourire et d’être aimable. Il doit faire abstraction de toutes ses préoccupations personnelles et sourire malgré tout. Et ce, peut importe le degré de politesse du client qui est devant lui.
Inutile de dire qu’il ne peut en aucun cas dire au client d’aller se faire foutre, même s’il l’a plus que mérité.
Parce qu’il est la dernière personne à qui parle le client à la fin de son magasinage, il est responsable de tout ce qui ne le rend pas satisfait : erreur de commande, erreur de prix, pénurie d’article. Et si la facture est trop chère, c’est lui qu’on engueule. Inutile alors de répondre qu’il n’a pas la fonction de gérant, mais de « scanneur » d’article.
Le commis devient un robot : « Bonjour. Voulez-vous un sac? Ça fait 10,34$. Avez-vous la carte du magasin? Merci beaucoup. Bonne journée. »
Hommage, donc, au commis.
Hommage au commis qui subit en souriant toutes les blagues plates entendues milles fois par jour : « Si ça scanne pas, c’est parce que ça doit être gratuit! », « 20$ pile ! C’est rare ça, ça doit être mon jour chanceux! », « Ah! C’est vrai, faudrait bien que je paye hein! ».
Hommage au commis qui s’est fait engueuler à maintes reprises sans broncher pour avoir oublié de demander : « Avez-vous la carte du magasin ? »
Hommage au commis qui explique au moins quinze fois par jour comment fonctionne une carte à puce et qui se fait violence pour ne pas engueuler le client qui retire trois fois coup sur coup sa carte du terminal.
Hommage au commis qui ignore la puanteur nauséabonde des sacs réutilisables que lui tend le client. Hommage à celui qui y a un jour trouvé une crotte de chien (ce n’est pas une blague) sans piper mot.
Et hommage au commis qui ne répond pas « Bon débarras! » quand on lui dit : « Bien là! Si vous avez pas ce produit-là, moi, je vais commencer à aller ailleurs. »
Quand on est commis, on voit souvent le pire de l’être humain, rarement le meilleur.

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