J’ai essayé de trouver un défaut au nouveau film de Philippe Falardeau, Monsieur Lazhar, mais, voilà, je n'ai pas réussi. Le film de Falardeau (Congorama, C’est pas moi je le jure) est à la fois drôle et touchant. Le plus important, c’est qu’il fait réfléchir sur la mort et sur le système d’éducation sans tomber dans la mièvrerie et les clichés.
Dès le début du film, on plonge dans le sujet : une professeure se pend dans sa classe un soir et est découverte le lendemain par un élève. On engage Bachir Lazhar, réfugié algérien, pour la remplacer. Il doit s’adapter aux méthodes d’enseignement du Québec et aux relations avec les élèves et leurs parents bien différentes de celles algériennes. Il est aussi confronté à des élèves sous le choc, profondément marqués par le suicide de leur professeur. Monsieur Lazhar, lui aussi en deuil (sa femme et ses enfants sont morts en Algérie), leur apprendra qu’en parler ouvertement est le meilleur chemin vers la guérison.
Comment expliquer que le suicide est incompréhensible à des enfants de douze ans? Comment expliquer que ce n’est la faute de personne, eux pour qui, logiquement, il doit toujours avoir une raison et un coupable? Dans sa volonté d’aider ses élèves à surmonter le deuil, Monsieur Lazhar est freiné par les contraintes et les tares du système d’éducation québécois. Non seulement, les enseignants ne peuvent pas toucher les élèves, pas même une accolade pour les réconforter, mais il est réprimandé par la directrice lorsqu’il veut aborder le sujet du suicide avec les élèves : l’école est constamment sujette à la critique des parents, les professeurs ne doivent donc pas faire de vagues. Les enfants ne peuvent parler qu’à la psychologue. Mais le travail de professeur ne va-t-il pas plus loin que le français et les maths? Tous ces problèmes sont soulevés en douceur, toute la critique du système d’éducation se faisant par les non-dits de Bachir Lazhar, par le regard qu'un étranger pose sur notre société.
Le film ne tombe jamais dans la facilité des clichés malgré les sujets qui y invitent : l’immigration n’en est même pas le sujet principal ; le racisme, absent. La musique et la mise en scène sont sobres, laissant toute la place au message et à la réflexion.
Si Fellag est magistrale en réfugié en deuil qui tente de comprendre le système d’éducation québécois, c’est le jeu naturel des enfants qui surprend le plus. Se démarquent Émilien Néron qui joue Simon, l'enfant agressif qui se croit responsable du suicide de sa professeure, et Sophie Nélisse dans le rôle d’Alice, dont le talent et les immenses yeux bleus crèvent l'écran. Quant aux acteurs secondaires, ils se montrent à la hauteur de leur talent en arrivant avec brio à nuancer leur jeu qui aurait pu s’accrocher au stéréotype de la directrice dépassée par les évènements (Danielle Proulx), de la prof cool (Brigitte Poupart), du prof d'éducation physique qui semble simple d’esprit (Jules Philip), de la prof d'expérience (Francine Ruel), du concierge (Louis Champagne). Falardeau montre son talent de directeur d’acteurs.
Un film poignant qui trouve le parfait équilibre entre critique et émotion ; qui fait rire et pleurer, mais pas à tout prix.
On se croise les doigts pour l’Oscar.
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