lundi 31 octobre 2011

Au paradis

Je viens de visionner le film Les Ordres de Michel Brault pour un cours de cinéma.
J’en suis encore sous le choc.
Petit rappel : le film est basé sur les témoignages de 50 victimes des arrestations d’Octobre 70. Après l’enlèvement de Pierre Laporte par une cellule terroriste du FLQ, la Loi sur les mesures de guerre est adoptée et l’armée débarque dans les rues du Québec. Les droits fondamentaux sont alors suspendus et plus de 400 personnes sont arrêtées sans qu'aucune raison ne leur soient fournies.
Le film est d’une vérité consternante, mais, surtout, c’est un avertissement : les droits de l’homme et ce que nous appelons « démocratie » ne tiennent qu’à un fil.
Un de mes collègues de classe réagit fortement et se lance dans un discours animé sur l’injustice sociale, l’aliénation de la société et la corruption. Il essaie ensuite d’expliquer que nos représentants n’ont en fait aucun pouvoir de décision au sein du gouvernement.
Il réalise bien vite que sa rage n'est pas partagée : plusieurs rient, certains le tournent en ridicule (« On est contrôlé par des extraterrestres! », dit-l’un), d’autres, plus articulés, expriment vivement leur refus d’adhérer à l’absurdité de ses propos.
Bref, on lui ferme la gueule.
Après tout, on vit au paradis.
Ceux qui osent prétendre le contraire sont marginaux, véritables déviants sociaux qu’il faut soigner, mouler dans un modèle de conduite. On ne les met plus en prison comme en Octobre 70 : on les pointe du doigt, on les ridiculise, on les exclue. La société désigne ses criminels. Pourquoi lors de manifestations tout-à-fait pacifiques, les autorités se montrent répressives? Pas parce que les manifestants représentent un réel danger pour la population, mais parce qu’ils troublent l’ordre établi.
Et on n’a pas le droit de parler en mal de cet ordre. Pourtant, tout ne tourne pas rond.
Pour nos gouvernements, la justice sociale consiste à appauvrir les pauvres pour enrichir les riches. Le coût de la vie augmente, l’écart entre les riches et les pauvres se creuse. Puis, surprise! À la veille d’élections, on baisse les impôts et on distribue des chèques. L’illusion est parfaite.
Certains droits ne sont accessibles qu’à ceux qui ont assez d’argent pour se les offrir, comme l’éducation. Le coût des études supérieures ne cessent d’augmenter : on veut faire de l’éducation un bien, un privilège qui ne sera accordé qu’aux plus nantis.
On en est rendu là.
Ce qui m’amène à me poser cette question : dans une société capitaliste, sommes-nous vraiment dirigés par nos élus, ou plutôt par les portefeuilles de la société? Parce qu’au fond de moi, je ne peux oublier que Charest joue au golf avec Desmarais…
Le système est vicié. Il y a quelque chose, quelque part, qui ne tourne pas rond.
Voilà ce qu’a voulu affirmer mon collègue et ce que Michel Brault a mis en film : la démocratie n’a pas la noble définition qu’on voudrait bien lui donner.
La vérité, c’est qu’on s’en contre saint-ciboire qu’ils n’aient pas dit ça pour faire chier, mais bien parce que c’est vrai. Trop de sourds écoutent, trop d’aveugles refusent qu'on leur décrive le monde tel qu’il est. C'est plus facile.
On vit dans un putain de paradis.
Continuons à nous dire que tout va bien.
 « La démocratie, c’est l’oppression du peuple, par le peuple, pour le peuple », disait Oscar Wilde.

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire